mardi 12 juillet 2011

Les Ardentes, mieux que sur papier




C'est en son cœur que Liège, cité ardente, accueille le festival du même nom depuis six éditions déjà. Cet événement urbain est également identitaire, puisqu'on y retrouve ce typique et incomparable esprit de fête qui fait la réputation de la cité aux cent clochers.


Et ça, les organisateurs l'ont bien compris. S'ils essayent encore, dans une mesure tout à fait relative, de programmer quelques vrais artistes mélomanes, ils remplissent l'affiche de noms avant tout ronflants. C'est ce que réclame le public local, en majeure partie composé de jeunes autochtones. Cette année, les scènes de Coronmeuse accueillaient ainsi les dernières tendances belges (Selah Sue, mais surtout Stromae), ainsi qu'une série de noms ancrés dans la mémoire collective (Limp Biskit, Sum 41, Snoop Dogg), dont l'actualité vierge n'a pas repoussé les festivaliers bouillonnants.


Comme pour démontrer cette affirmation par l'absurde, les mêmes scènes peinent à attirer la foule lorsque s'y produisent des artistes au style plus pointilleux. Citons Junip, la formation de José Gonzalez, musicien à la sensibilité exceptionnelle. Florent Marchet, le dandy de Bourges et sa pop folk franco-pétillante. Ou carrément The Human League, les pionniers de la synthpop anglaise, dont chaque prestation rappelle le manque d'originalité de nombreuses formations contemporaines. Pour ceux-là, le public des Ardentes préfère en général se presser au bar, ou devant le "Joe Pilar Saloon", sorte d'estaminet en pain d'épices, où entre chaque concert, un DJ fait péter des hymnes au tuning, sur lesquels se trémoussent des hôtesses sélectionnées sur base de leur fessier aguicheur. C'est ça, les Ardentes, une fête de la musique version Taratata, c'est-à-dire où la vraie musique ne tient qu'un rôle secondaire. A Liège, c'est la fête qui compte avant tout.


Les structures du festival peuvent également souffrir de sa qualité urbaine. Rapidement saturé, le parking est confié à de jeunes étudiants, ou bénévoles (ou les deux à la fois), qui laissent souvent les festivaliers motorisés se parquer n'importe où, n'importe comment. Et qui aux heures supplémentaires, préféreront laisser l'endroit sans surveillance, laissant vos pneus et vos carreaux à la merci du premier sauvageon venu (je n'invente rien, c'est mon expérience qui parle).


Parlant de structures, l'incendie du hall des foires l'hiver dernier a eu des bons côtés. Anciennement moite, obscur et peu accueillant, le hangar HF6 fut transformé en chapiteau géant, bien mieux aéré que par le passé, et de meilleure acoustique. Tandis que la troisième scène baptisée "aquarium" détonnait par son côté relaxant, intimiste et underground. Aux Ardentes, la diversité d'ambiance est de mise ! Et puis, comment ne pas évoquer la fameuse "route des saveurs", qui à l'heure du repas offre aux festivaliers l'embarras du choix. Exit les frites pas cuites, les hamburgers au pain sec et à la viande carbonisée, pour 5 ou 6 euro vous pouvez succomber à vos envies du moment ! Terminons cette liste d'indéniables qualités par l'entretien des coins wc. Ces rangées de cabines en plastique, dont l'aspect et l'odeur sont habituellement la terreur des festivaliers, sont nettoyées après chaque passage par un travailleur consciencieux, et surtout courageux. Du jamais vu, qu'on voudrait voir partout !


Côté musical, si l'affiche manquait globalement de profondeur, les concerts attendus furent à la hauteur des espérances. Dans un style propre et parfois kitsch, The Human League m'ont fait passer un agréable moment de détente électropop. Goose a donné un leçon de live electro à tous ces artistes arrivistes qui se contente d'allumer leur laptop au moment de monter sur scène. Kate Nash n'a pas besoin d'être sobre pour assurer une prestation bien mise en place, et à laquelle une bouteille de champagne dissimulée sous son piano a greffé une coloration étonnamment punk. Avec Sexy Sushi, c'est l'anarchie, représentée par des déguisement loufoques, des arrachages de t-shirt, des séances intensives de crowd surfing, et la décapitation en direct d'une pauvre plante verte. Enfin, je ne peux terminer sans remercier mon nouvel ami Kele, qui m'a accueilli sur scène et dans ses bras avec la jovialité qui le caractérise. En plus, son set était carrément jouissif.


S'il n'est pas le festival préféré des puristes, celui des Ardentes reste aéré, diversifié, et agréable à vivre de l'intérieur. Espérons toutefois qu'à l'avenir, les organisateurs ne glissent pas l'éclectisme à la trappe, pour accroître l'espace réservé au dancefloor pur et dur. Et à propos d'éclectisme, ma prochaine étape est un modèle du genre : dès ce jeudi, je vous attends nombreux au Dour Festival !



Les Ardentes 2011
+ : Nourriture, propreté, variété des ambiances
- : affiche globale, organisation du parking, public parfois dissipé

mardi 5 juillet 2011

Rock Werchter, what else ?



Une formule populaire prétend que "Werchter, c'est la Rolls des festivals". Cet aphorisme ne vaut réellement que pour la notion du luxe. Avec le prix de son pass 4 jours qui augmente d'année en année autant que le baril de pétrole en temps de guerre au Moyen Orient, la grosse cylindrée de Livenation n'est pas à la portée du premier portefeuille venu. Avec une certaine nostalgie, je me souviens de ma toute première édition. Sans ressources, je passais une heure chaque soir à ramasser les gobelets usagés traînant dans la plaine. C'était ça ou revendre mes pompes à l'entrée, pour m'offrir un durum à dix euro dans l'enceinte du site.


Hormis cet aspect financier, la juste métaphore automobile serait un Hummer plutôt qu'une Rolls Royce. Taille impressionnante, mais peu de flexibilité. Avec sa moyenne journalière d'une scène pour 50,000 festivaliers, le Rock Werchter ne doit sa fluidité "acceptable" qu'à une étendue des plus larges. Cette caractéristique ne s'appliquant pas aux devants de scène... A Werchter, voir Coldplay de près à 23h nécessite de gagner sa place dès midi. Si la raison l'emporte sur l'hystérie, vous devrez vous contenter de scruter le concert sur un écran géant, quelque(s) centaine(s) de mètres devant Chris Martin.


Certains disent de ce festival qu'il est le rassemblement d'une Flandre nationaliste, ce que je réfute totalement. Les manifestations sectaires sous forme de drapeaux au lion ou de slogans anti-francophones sont très dispersés, et cette année, je n'ai absolument rien vu de tel. Pour peu que vous vous adressiez à eux dans la langue de Koen Wauters, nos camarades flamands seront même très heureux de vous répondre en français.


Cette édition 2011 fut un millésime particulier. Pour la première fois depuis 3 ans, le mercure ne dépassa pas les 35 degrés. Quant aux averses, elles furent courtes et éparses. Le climat était donc idéal, sauf pendant la nuit, où la fraîcheur n'avait rien à envier à l'intérieur des boîtes frigo des festivaliers les mieux organisés (lesquels auront également prévu un bonnet et une grosse couverture, qu'ils ne vous prêteront pas, contrairement à leur pompe pour matelas).


Mais puisqu'avant tout, un festival est histoire de musique, voici le Top 5 des concerts auxquels j'ai assistés, parmi une affiche généralement moins relevée que les années précédentes. Notez que pour des raisons personnelles, je n'étais pas présent le vendredi ; ne vous insurgez donc pas de ne pas voir dans ce classement The National, White Lies, ou Kings of Leon. J'étais par contre bien présent dimanche, mais vous n'y verrez pas non plus les Black Eyed Peas *ahem*


5. The Vaccines

La nouvelle sensation du rock anglais applique ses influences à la perfection. Rien de tel qu'un concert aussi punchy pour se mettre en forme pour la journée !


4. Selah Sue

Sur laser, le style et la voix pincée de la Louvaniste me lassent au bout de quelques minutes. Mais sur scène, quel groove, quelle présence, et surtout : quel charisme pour ce petit bout de femme de 21 ans à peine. C'était la claque du week-end, bonsoir.


3. Two Door Cinema Club

Toujours aussi fringants et fougueux, ces mignons petits Irlandais méritent la première place de ce classement. Mais à force d'être au top, ils ne me surprennent plus. Deviendrais-je un ours mal léché ?


2. Fleet Foxes

Leurs harmonies folk et leurs fabuleux accords de voix ont soufflé un vent de magie sous la pyramide Marquee. Et le look aux cheveux soigneusement coupés, ça ne leur va pas si mal.


1. James Blake

Le nouveau prince de l'electronica, qui tel Mac Gyver, créé tout un monde à partir de rien. Un batteur, un sampleur, et ses deux claviers, ont suffit à plonger la marquee dans son univers frissonnant. La tâche était difficile, avec le brouhaha ambiant, et les Queens of the Stone Age qui se surpassaient sur la grande scène. Mission accomplie avec brio ; le festival aura rarement connu un concert aussi intimiste.


Bien sûr, toute pelouse a ses lombrics. J'aurais ainsi souhaité que Portishead ne soit pas programmé sur la main stage, qui n'était pas du tout contextuelle pour un style d'une si grande profondeur. J'attendais également davantage d'ouverture des Tame Impala, qui malgré une bonne prestation, m'ont semblé quelque peu absents... Et puis j'ai mal compris l'enthousiasme provoqué par Robyn, qui se la jouait sous-Madonna sur des compos dignes des Confetti's... Enfin, je retiendrai les délicieuses découvertes que furent Warpaint, et Jenny & Johnny.


Le week-end ne fut pas de tout repos, mais je tâcherai de reprendre des forces avant ma prochaine étape : les Ardentes liégeoises ! J'espère vous y croiser nombreux !


Rock Werchter 2011
+ : Affiche de la scène secondaire, camping
- : le prix, les Black Eyed Peas

mercredi 29 juin 2011

Rock a German Field


Situé au beau milieu de la campagne luxembourgeoise, le Rock A Field est un festival jeune, prenant de l'ampleur d'année en année. Le site, mais aussi l'affiche, s'agrandissent au fil des éditions.


Si la cuvée 2010 était chargée de noms ronflants (Gossip, Deftones, 30 seconds to Mars, Prodigy, pour ne citer que ceux-là), on peut se demander l'idée qui est passée par la tête des organisateurs pour 2011... Affiche moins alléchante sur papier, mais surtout orientée vers les goûts locaux, avec des groupes de Metal où la double pédale de grosse caisse donne l'impression qu'un ouvrier fait joujou avec un marteau-piqueur derrière la scène, mais aussi deux formations de rap, l'une luxembourgeoise, l'autre allemande. Avec Volbeat, De Läb, Die Fantastischen Vier et Bullet for my Valentine, le Rock A Field 2011 avait de sacrés relents d'Oberbayern... En conséquence, le public ne suivit pas. Le festival était loin d'être sold out, un plus pour notre confort puisque cela rendait le passage entre les scènes (et au bar) beaucoup plus fluide


Pour ce qui est de la tête d'affiche, les Arctic Monkeys furent loin d'être convaincants. Un jeu de scène inexistant, un éclairage minimalisé, une minute de pause entre chaque titre pour accorder les instruments ... la bande à Alex Turner joue comme sur une scène de village, et ne cartonne réellement que grâce à son noyau durs de fans, s'emparant de l'avant-scène, pendant que derrière, la foule commence déjà à quitter le site.


Irais-je jusqu'à regretter d'avoir passé mon dimanche là-bas ? Du tout, car la puissante prestation du collectif Arcade Fire valait à elle seule le déplacement. Le groupe Elbow, et son rock de gros nounours, me ravit également. Cette chaude journée était en outre une excellente préparation au Rock Werchter Festival qui arrive déjà ce jeudi ...



Rock A Field 2011, dimanche 26 Juin

+: Fluidité sur le site, Arcade Fire
-: Affiche, accès (voiture+bus+pieds)

lundi 13 juin 2011

Pinkpop Festival, ou comment débuter la saison de la meilleure des manières

La bête est lâchée !!

Après de longs mois d'abstinence, la nouvelle saison commence ! Et quoi de mieux pour débuter l'été qu'un festival référence ? Le Pinkpop se déroule aux Pays-Bas, à quelques envolées des frontières belge et allemande. La première édition date de 1969, soit l'année du légendaire Woodstock... ce qui en fait le plus ancien festival annuel au monde.


La comparaison s'arrête là, car les fréquentations respectives des deux festivals ne souffraient alors d'aucune comparaison. Même constatation vaut pour l'affiche ; encore aujourd'hui, je verrais mal Jimi Hendrix venir se perdre sur la main stage du Pinkpop... (ceci est la première vanne de la saison, je vous demanderai donc de faire preuve d'indulgence). En 42 ans d'existence, le festival de la pentecôte hollandaise a vu sa populace croître jusqu'à 60,000 personnes journalières. Populace dont j'ai fait partie ce dimanche 12 juin, pour mon plus grand plaisir !


En beaucoup de points, le Pinkpop est comparable à Werchter. Tout d'abord l'accès ; une route transformée en piétonnier, bordée d'arbres, dont les accotements sont garnis d'une ribambelle d'échoppes à bières, à crasses, à t-shirts rigolos et pas chers, qu'on achète sur un coup de tête et qu'on ne mettra finalement que 2 fois dans sa vie - certains les ramènent même pour les offrir, si ça c'est pas mesquin. Cette voie fait office d'ouverture vers le monde joyeux des festivals, l'équivalent pour les adultes de l'île aux enfants, celle où Casimir est sur scène et joue de la guitare comme un dieu.


Le site-même du pinkpop consiste en un immense vélodrome sur lequel on a placé 3 scènes. Surmontant l'endroit, une impressionnante piste de ski artificielle fait office de rampe vers un ciel bleu et ensoleillé (oui, on a eu de la chance avec le temps). Cette piste se termine en haut d'une butte, où la troupe de playmobiles qui observent le spectacle en hauteur ne désemplit pas de la journée. En bas, la masse de festivaliers se caractérise par une dominante rose, puisqu'une grande majorité d'entre eux portent le "bob" officiel du festival. Afin d'éviter toute condescendance avec vous, chers lecteurs, je vous dispense de la traduction du mot "pink".


Ces festivaliers comptent parmi les plus chauds qu'il m'ait été donné de fréquenter. L'ambiance lors des concerts atteint l'excellence, et la bonne humeur générale en font un des meilleurs publics de l'été. Lors des mouvements de foule, aucune sardine ne se plaint, ce qui n'est pas plus mal... car une fois venue l'heure des têtes d'affiche, la fluidité devient extrêmement épineuse. Le peuple se presse en masse au devant des scènes, dont 2 sur 3 sont juxtaposées, rendant impossible le passage de l'une à l'autre entre les concerts.


Parlons-en, des concerts ! Tout excité à l'heure d'enfin débuter ma tournée, ma motivation fut quelque peu refroidie après avoir vu Hurts. C'était loin d'être mauvais, mais ce style de pop - très - mélancolique engourdit le cerveau, ankylose le moral, ramollit la fête. Chaque chose à sa place, et chaque concert à son contexte ; une prestation des Mancuniens en salle, un soir en semaine, doit être bien plus appréciable. Heureusement, les Hanson étaient là pour relancer la gaité, devant un public surchauffé qui, bizarrement, quitta la scène en masse avoir avoir entendu leur seul et unique tube, "Mmm Bop". Sale coup pour la fratrie la plus célèbre des années 90, dont la prestation fut malgré tout très amène, pour un groupe qu'on croyait dissous depuis des lustres.


Un durum plus tard, j'assistai aux prestations énergiques de Cage the Elephant et Wolfmother ; je vous parlais de Woodstock, ces derniers en avaient le style.. Puis ce fut l'heure des White Lies, toujours aussi convaincants, et dont le statut de tête d'affiche s'affirme d'année en année. La cohue m'empêcha de rejoindre la scène couverte pour m'éclater au son des Bloody Beetroots, je restai donc bien placé en attendant les Kings of Leon. Ce fut, sans surprise, le concert de la journée, d'un groupe devenu une référence du genre. Un concert dont l'ambiance monta crescendo, jusqu'à l'apothéose sur "Sex on fire" repris en coeur par 60,000 de personnes. Le chanteur Caleb Followill eut ensuite ces mots : "Thank you so much, I just spent one of the greatest moments of my life".


Cette prestation bien trempée clôturait déjà la journée... car au Pinkpop, on coupe tout à 22h30 tapantes - certains festivals débutent seulement à cette heure-là... Cette escapade hollandaise restera néanmoins ma meilleure ouverture de saison à ce jour. Je vous conseille vivement de tenter le Pinkpop l'année prochaine, d'autant que ce n'est pas si éloigné qu'on pourrait le penser ! Vous m'y croiserez peut-être, comme vous pourrez me rencontrer lors du prochain festival de ma tournée 2011 : le Rock-A-Field, à Luxembourg, dimanche 26 juin (il reste des places, mais ne tardez pas trop!).



Pinkpop Festival,
Landgraaf (Pays-Bas)
12 juin 2011


+: Affiche, public

-: Disposition de scène couverte

jeudi 9 septembre 2010

Ward'In Rock, la prairie en fête

Lever les yeux au ciel me remplit de chagrin
Car le divin soleil a perdu son entrain
De ses splendeurs rougeoyantes, il ne reste rien
Sous la grisaille naissante, doucement l'été s'éteint




Vous l'aurez compris, j'accueille ce mois de septembre avec une certaine mélancolie. Il sera bientôt l'heure pour moi de rejoindre mon antre, et d'y demeurer jusqu'aux premiers rayons de l'été prochain... Bientôt, mais pas encore, car même si le beau temps a fermé boutique, un été n'est pas totalement terminé tant qu'il reste des festivals !


Ainsi, ce week-end, j'étais au Ward'In Rock ! Voilà un chouette nom pour un festival ; simple et efficace, ça sonne à l'oreille comme un événement festif. Nul besoin d'en faire trop, et d'appeler ça "Les moissonneuses bleues" ou "la girafe à cinq pattes" comme on le ferait dans certaines régions! C'est d'autant plus remarquable que le festival tire son nom du lieu qui l'accueille depuis maintenant 15 ans, à croire que c'était prédestiné...


Entouré de vastes prairies vallonnées, le village de Wardin se situe en bordure de la frontière luxembourgeoise, à quelques coups de volant de Bastogne, une ville bien connue des amateurs de biscuits et d'histoire du XXe siècle. Le coin compte autant de bestiaux que d'habitants. Se perdant à l'horizon, les étendues verdoyantes pourraient accueillir un festival qui relèguerait le Pukkelpop et Werchter au rang de barbecues de quartier. Pourtant, le site du Ward'In Rock ne rivalise en rien avec les deux précités. Relativement restreint, il ne faut pas plus de cinq minutes, chronomètre en main, pour en faire le tour complet.


Preuve en est que le Ward'In Rock se veut être un festival local, voire familial. Les infrastructures en sont une autre démonstration. Des toilettes payantes et confinées, au stand de saucisses surchargé de fumée et de festivaliers affamés, on se croirait par moments dans un grand bal de village. Ce n'est en tout cas pas un événement pour lequel on vient de loin ; parmi ses 8000 fêtards, une écrasante majorité habite les environs. Ceux qui viennent de plus loin se retrouvent généralement sur scène. Cocktail à base de rock, métal, reggae et hip hop, l'affiche est composée de groupes belges et français pour la plupart, même s'ils peuvent parfois venir de plus loin puisque l'année passée, les Irlandais de Therapy? avaient assuré la tête d'affiche. Pour la première fois, le site disposait de deux scènes alternées. Si ce système permet à l'ambiance de ne jamais s'essouffler, il peut parfois causer des interférences entre d'un côté, le concert qui se joue, et de l'autre, les balances qui se règlent.


L'affiche 2010 proposait peu de noms ronflants, avec en tête le Peuple de l'Herbe et... Pierpoljak *hum* dont on n'avait plus entendu parler depuis... oh, au moins ça. Néanmoins, le ganjaman de l'Essonne gratifia l'assemblée d'une prestation très fraîche, pleine de couleurs, révélatrice d'une carrière qui, au cours de ces dernières années, avait dû se poursuivre à l'ombre des médias. Pour le reste, j'ai pu découvrir quelques groupes très sympathiques, comme Skip the Use, Shakaponk, ou dans un style plus old fashioned Balimurphy. La palme du week-end revient néanmoins à Black Box Revelation. Sous un chapiteau acquis à leur cause, et à un horaire tardif de contexte, la prestation du duo bruxellois fut tout simplement décoiffante.


Globalement, il y a deux façons d'apprécier le Ward'In Rock. On peut le voir comme un petit festival, par la taille et la fréquentation. C'est ce regard que vous porterez si vous n'habitez pas la région, d'ordinaire peu animée, où le festival est perçu comme un événement incontournable de la fin de l'été.


Ward'In Rock, 3 & 4 septembre 2010

+: Affiche
-: Ambiance et taille

mercredi 1 septembre 2010

Cabaret vert, gris et brun.



Un peu d'export ne fait jamais de tort! Si toutefois l'on peut réellement parler d'export, puisque de ma grotte, la ville française de
Charleville-Mézières n'est guère moins éloignée que la plaine de Werchter ou le bourg de Kiewit! Mais soit, ainsi sont faites les frontières, y compris celle que j'ai dû traverser pour me rendre au festival du Cabaret Vert. Car c'est bien en France qu'il se déroule, et malgré la proximité de l'endroit avec ma région wallonne, les différences culturelles m'ont sauté aux yeux.


Tout d'abord, le nom de l'événement : le "cabaret vert"... après les "Vieilles Charrues" et le "Chien à plumes", nos amis Français ont décidément le chic pour affubler leurs festivals de noms tout droit sortis d'une séance de fumette. En Belgique, on aurait torché ça en "Charleville Rock Festival", histoire de se concentrer sur l'essentiel. Beaucoup l'ignorent mais en vérité, "le cabaret vert" est le nom d'un poème d'Arthur Rimbaud, personnage historique né et enterré dans les enceintes de la ville. Ca fait tout de suite plus sérieux.



Cette dénomination bien particulière est une première démonstration de l'objectif du festival qui est, je cite, de
"promouvoir et dynamiser la région Champagnes-Ardennes". Il se déroule en pleine ville, et vu l'état de certains bâtiments, ça a déjà dû dynamiser pas mal dans le coin... Pour ce qui est de promouvoir, constatons que les stands de sustentation offrent moult denrées typiques. Citons les crêpes au Maroilles, ce fromage lourd et goûtu, connu du monde entier depuis que Dany Boon l'a promu sur nos grands écrans, les tartines ardennaises, la "cacasse à cul nu" oui oui il paraît que ça se mange, etc etc. Même la bière provient de brasseries locales, bien qu'ils auraient pu faire l'effort d'aller la chercher un peu plus loin, vu son arrière goût de "déjà bue".


Motivé comme un ours, j'arrivai pour 14h, heure d'ouverture indiquée sur le site web. Je comptais profiter du temps imparti avant les concerts pour me balader sous le soleil, parmi les échoppes du petit marché festivalier. Mal m'en prit! Tout d'abord, un violent orage déferla sur la ville dès mon arrivée. Pour le soleil, c'était plutôt rapé, la journée entière fut morne et grisâtre. Lorsque la tempête fut passée, c'est sous les gouttes que je parcourus les deux kilomètres séparant le site de son parking officiel. Je me félicitai de ne pas avoir opté pour le camping, visualisant avec effroi les nombreux allers-retours qu'il m'aurait fallu accomplir, bras chargés et pattes trempées...



Une fois l'entrée du festival sous mon nez, je dus encore patienter jusque 15h30 avant que les sorteurs à mine patibulaire ne daignent nous laisser entrer. Pourtant, le site web indiquait bien : "ouverture du site dès 14h". Mais soit, je n'en veux pas à ces pauvres gars, qui ne disposent peut-être pas de connexion internet à domicile. Il paraît que dans certaines régions de France, c'est encore le minitel qui cartonne, et je doute que taper
36 15 Cabaret Vert aboutisse à un quelconque résultat.


Enfin je pus fouler le sol du Cabaret Vert ! Bien que le verbe "patauger" serait plus adéquat : l'orage avait fait des dégâts sur la verte pelouse, transformant certaines parties du site en baignoires de boue. Et bizarrement, rien n'avait été prévu par les organisateurs pour palier à cet inconfort. Cherchant le petit marché festivalier, je ne trouvai que trois pauvres stands associatifs isolés, ainsi que le merchandising, celui-là aussi bien achalandée que l'espace réservé par Mamy Raymonde à la brocante de Temploux. Le côté de la scène principale paraissait mieux fourni, mais l'accès n'était pas autorisé avant 17h. Je regrettai d'avoir tenu à arriver si tôt, d'autant que les premiers concerts de la scène secondaire étaient d'aussi piètre facture que la bière du coin.


Si la seconde partie de la journée apporta son lot de satisfactions, en ce compris les excellents concerts de
Black Box Revelation, dEUS et Massive Attack, je remarquai que le public local était particulièrement dissipé! Fan inconditionnel de la formation Trip Hop de Bristol, je m'étais approché de la scène histoire d'apprécier leur performance à sa juste valeur. Mais ici, impossible de se plonger entièrement dans le concert : ça parle fort de tous les côtés, ça vous bouscule en vous passant devant toutes les cinq minutes, ça va même jusqu'à vous interrompre pendant "Angel" (sacrilège !!!) pour quémander des substances illicites... et ça insiste même devant votre refus catégorique et énervé !! Lorsque j'assiste à un concert en Belgique, il arrive souvent que l'artiste qualifie la foule de "meilleur public de la tournée". Peu naïf, j'ai toujours pensé qu'il disait cela partout, et toujours. Depuis être allé au Cabaret Vert, je me pose sérieusement la question, d'autant qu'aucun des artistes présents ce vendredi n'a fait pareil compliment au public de Charleville...


Pour résumer, l'excellente affiche du jour et certains stands peu communs relevèrent le niveau de ce festival à l'organisation améliorable, et au public bien plus fêtard que réellement mélomane. Gageons que l'ambiance aurait été au beau fixe si le soleil avait daigné se présenter. Mais si le climat est mauvais, le Cabaret Vert ne vaut pas la peine d'y passer la journée entière.



Cabaret Vert, vendredi 27 août 2010.


+: Affiche, stands de nourriture

-: bière, organisation, public dissipé, disposition du site

Le peu de photos sont dans la colonne de droite, dans l'album Francos - Suikerrock - E-lake.

mercredi 25 août 2010

Pukkelpop ! entre extase et dilemmes

Deuxième festival de Belgique en termes de grandeur, d'affluence et de prix, le Pukkelpop possède l'allure d'une quatrième dimension. Durant trois jours, la ville d'Hasselt connait une liess hors du commun, à laquelle participent des dizaines de milliers de fêtards venus de partout dans le monde.



Le Pukkelpop, c'est un peu le Sziget à l'échelle belge. L'immense plaine qui l'accueille ne dispose pas moins de huit scènes, soit deux de plus que Dour et ... six de plus que Werchter, qui est pourtant le plus gros festival du royaume. L'avantage, c'est que la foule est relativement fluide et éparse. Certes, il y a du peuple, c'est le moins que l'on puisse dire ... mais rares sont les moments de compression physique, où l'agoraphobie vous guette, et où vous regrettez d'avoir laissé votre déodorant au camping car vous auriez pu en distribuer allègrement autour de vous. Un autre avantage de la multiplication des scènes est la diversité musicale. Entre le pop, le rock, le métal ou l'électro, les main stages ou les chapiteaux fermés et intimistes, vous pouvez laisser libre cours à vos envies du moment.


Vous pouvez aussi, et c'est conseillé, rédiger un programme à l'avance. Et c'est là que se pose l'inconvénient majeur du Pukkelpop... Car parmi les huit scènes, il y en a toujours au moins quatre qui proposent un concert simultanément. Vous l'aurez compris, un Pukkelpop sans choix cornéliens n'est pas un vrai Pukkelpop! Une fois votre programme dressé, vous piurrez constater que le smoments de pause prévus entre les concerts sont très succins, qu'il vous faudra souvent quitter un show avant la fin, pour ne pas rater le début du suivant. Enfin, si l'on tient compte de la tentation du bar, de la nourriture de type "crasse" et des besoins naturels, vous comprendrez qu'un programme n'est pas aisé à respecter, aussi bien dressé soit-il!



Autre inconvénient : le camping et son inconfort. Dès mercredi midi, les organisateurs ouvrent l'unique terrain parcelle par parcelle, de façon à obliger les festivalier à entasser leurs tentes les unes sur les autres. Tout d'abord, l'attente est longue avant de pouvoir planter sa tente. Ensuite, chacun essaye de gagner quelques centimètres carrés, et dans cette cohue digne d'un souk, vos affaires risquent de disparaître... Une fois le camp dressé, veillez à trouver l'un ou l'autre repère aux alentours, cela vous aidera à retrouver votre tente parmi les centaines d'autres, lorsque vous reviendrez éméché de vos journées de festival. Enfin, si au matin, votre hygiène crie à l'aide, armez-vous de patience ou faites-vous une raison : la file menant aux douches est digne d'une boulangerie sous régime stalinien.



A présent, parlons du festival. En tant que bon ours mélomane qui se respecte, j'ai moi aussi souffert de quelques dilemmes au moment de choisir les concerts auxquels j'assisterais ; quoi de plus normal devant un line up si impressionnant ... parmi ceux que j'ai suivi de façon attentive, j'ai choisi de vous dresser un petit top 10 personnel. En effet, je ne me permettrais pas de juger la qualité d'un concert que je n'ai entendu que d'une oreille, le coude vissé sur le bar à l'autre bout de la plaine, contrairement à certains journalistes payés pour ça ...



10. Serj Tankian


Aidé par un orchestre complet, le leader de System of a Down a mélangé métal et philharmonique à merveille. Seuls ses discours politiques, entre chaque chanson, ont gâché mon plaisir. Pas forcément par leur contenu, mais surtout par leur tenue hors contexte. Comme si on allait demander à Olivier Besancenot de chanter Toxicity pendant un débat sur France 3 ...



9. Minus the Bear


Excellente découverte que ce groupe américain au nom bien familier ! Même si leur look rappelait les Bee Gees, leur style musical se rapprochait des Kings of Leon, pour mon plus grand plaisir.



8. Ou Est Le Swimming Pool


Durant ce concert énergique et pétillant, Charles Haddon m'a emmené sur scène le temps d'une chanson. Comme vous le savez sans doute, ce fut là sa dernière prestation. So chocking... Rest In Peace l'ami !



7. Mint


Programmés dans la minuscule et confinée
Wablief, ces Belges du nord ont livré une prestation rock à la hauteur d'une main stage, dont je n'ai pas raté une miette.


6. 2 Many DJ's


En voilà deux qu'on ne présente plus, et qui ont, en clôture du festival, fait danser une plaine entière. Des barrières de sécu aux wc du fond, ils n'ont laissé personne indifférent. Ca a l'air si facile de mixer quand on les regarde !



5. Kele


Avec son training de prof de sport, l'habituel leader de Bloc Party s'est lâché dans un style électro bien reboostant, n'hésitant pas à reprendre d'anciennes chansons à cette sauce, pour le plus grand bonheur des
old fans.


4. White Lies


Ces jeunes Anglais en ont décidément dans le ventre. Alternant les titres de leur premier album avec des compositions toutes fraîches, ils avaient pourtant commencé timidement, avant de nous sortir le grand jeu et acquérir à leur cause la main stage entière.



3. Jónsi


Seules les interférences avec une scène électro voisine ont gâché une partie de ce magnifique concert. Tantôt douce et intense, tantôt envolée et cathartique, l'Islandais a livré une prestation trois étoiles dans un décor organique qui lui convenait parfaitement. Ce type est définitivement un génie !



2. Hot Chip


L'absence de Joe Goddard pour cause d'accouchement (de sa femme, pas le sien, même si le doute peut être permis...) n'a pas empêché la formation londonienne de donner le meilleur d'elle-même. Tout devant où je me trouvais, il était inutile de sauter : le plancher s'en occupait pour moi. Quelle ambiance ! La scène
Dance Hall aura rarement aussi bien porté son nom!


1. Two Door Cinema Club


Quelle foule, quelle chaleur, mais surtout quel show ! Sans nous laisser une seconde de répit, TDCC ont aligné leurs tubes rock les uns après les autres. C'est un de ces concerts où l'on perd du poids, et où l'on gagne du moral. You Hou !



Je me souviendrai également des grosses lunettes de Bryan Molko, faisant croire un instant que Camélia Jordana était devenue la chanteuse attitrée de Placebo. De l'insipide jeu de scène de LoneLady, qui a certainement dû prendre des cours de sympathie à l'université Michel Sardou de Vladivostok. Du mauvais goût de Digitalism lorsqu'ils ont mixé Indochine sur Basement Jaxx (autant cracher dans une bisque de homard, merde!). De l'état éthylique de Josh Homme, complètement stone ... age. Du rouge à lèvres de Kate Nash, étalé sur sa bouche en mode "tartine de confiture". Et aussi des centaines de t-shirts Iron Maiden se baladant sur le site, tous plus laids les uns que les autres, et dire qu'on critique parfois les miens...



Malgré les points négatifs, mentionnés ou non dans cet article, cette 25e édition du Pukkelpop fut excellente. J'ai aussi croisé certains d'entre vous parmi la foule ! En effet, je note que, de festival en festival, vous êtes de plus en plus nombreux à venir me saluer, ce qui fait toujours très plaisir ! J'espère ainsi vous retrouver ce vendredi, lors de ma prochaine étape : le Cabaret Vert de Charleville-Mézières !



Pukkelpop!, 25e édition, 18 au 21 août 2010


+: Affiche, ambiance (on pourrait même dire +++)

-: Camping, frustration de rater certains groupes


Les photos sont dans la colonne de droite !